La vraie vie d’une thésarde qui rédige son manuscrit

Voilà, après 2 ans et demi de recherche est venu le moment pour moi d’organiser mes résultats pour rédiger mon manuscrit. J’avais attendu ce moment avec impatience et appréhension. Ce moment ou tu te retrouves face à toi même et ton clavier et que tu essayes d’écrire… d’apporter quelque chose à la science, de montrer une avancée, et de convaincre les membres de ton jury que tu t’es démenée pour sortir quelque chose d’intéressant de ce sujet prometteur mais un peu alambiqué!

Donc voilà, il y a quelques mois de cela (4 exactement) je me suis retrouvée face à mon clavier, devant Texmaker (oui je fais partie des geeks qui rédigent leur thèse en LateX et qui ne peuvent pas envisager d’utiliser Word pour un document de plus de 2 pages!). J’ai commencé par faire mon « template » LateX soit la mise en page, choisir les en-têtes de chapitres, les marges de pages, les pieds de pages, bref une fois que tout ça était tout joli tout beau il a fallut ce mettre au boulot pour de bon!

Je n’ai pas rédigé mes chapitres dans l’ordre, j’ai d’abord fait le 2 puis le 4, le 3 et le 1. Pour moi c’était plus simple comme ça, d’autres préfèrent faire les choses dans l’ordre. J’ai mis trèèèèèès longtemps à rédiger le premier chapitre (soit le 2), je ne savais pas par ou commencer, quel niveau de détail il fallait apporter, bref j’ai sacrément ramé! Puis après ça allait mieux.

J’ai eu de gros moments de doutes, ceux où tu te dis « mais j’ai été débile de faire cette manip comme ça ! » « et pourquoi je n’ai pas fait ça?! », où tu t’aperçois que tu n’as pas assez approfondi la chose parce qu’à l’époque tu ne voyais pas encore ton travail dans sa globalité… et où tu te demandes comment tu vas faire maintenant pour rédiger un truc correct avec ta manip bancale. Si au final il n’y pas plus de perspectives que de conclusions? Alors tu essayes de te convaincre que non, tu as quand même apporté quelque chose et que les perspectives ouvertes par un travail de recherche sont tout aussi intéressantes que les résultats!

Puis vient le moment où tu regardes ton planning et tu te dis  » Ouf! ça va je suis large!! 🙂 » Alors tu quittes le travail à 17h (oui c’était tôt pour moi!), tu vas faire du shopping, boire un verre, tu rentres a pas d’heure et le lendemain matin, malgré ta gueule de bois de la veille tu ouvres ta boite mail et là il y a les retours de ton directeur de thèse sur le chapitre que tu as remis y a 1 mois… tu ouvres et vois les 263 commentaires. Alors tu refermes le document, tu vas prendre un café, hésite à rentrer chez toi… puis non tu reviens devant ton PC, les larmes aux yeux et tu lis les commentaires. « Pourquoi ceci » « Pourquoi cela » « Il manque l’analyse sur ce point » « sur celui là » … Et justement si tu n’as pas donné le pourquoi de ceci ou de cela c’est parce qu’en fait tu n’en sais rien!!! Bah oui on peut pas tout savoir! Alors tu te creuses la cervelle, tu vas voir tous ceux qui pourraient peut être t’aider à trouver ce pourquoi, tu cherches des références et deux jours plus tard tu ponds une explication sans être vraiment sure que ce soit la bonne mais que tu espères suffisamment crédible pour passer. Et là tu te dis « putain faut vraiment pas faire confiance à ce qui est écrit dans un manuscrit de thèse! » 🙂 Tu passes 1 semaine à faire les corrections de ce chapitre puis, le vendredi soir, tu regardes à nouveau ton planning et là tu te dis « ahhhhhhh mais je vais jamais y arriver!!!!!!! », tu pars du boulot a 20h parce qu’on te mets dehors, et tu passes un week-end pourri tiraillée par l’envie de profiter du beau temps et l’envie d’avancer ton travail. Mais en même temps, cette angoisse me paralysait et j’avais du mal à me mettre à travailler chez moi… alors le dimanche soir c’était toujours la déprime parce que je m’étais pourri le week-end et je n’avais pas vraiment avancé. Alors Mr Lepoux essayait de me réconforter comme il pouvait, de me faire rire, me trouver un film pour me changer les idées, et me remettre sur pieds pour que je reprenne, le lundi matin, dans un élan de motivation.

Voilà, ces semaines se sont suivies et se sont ressemblées, les moments de panique planificatrices se sont rapprochés puis est venu le dernier chapitre à rédiger, l’état de l’art comme on l’appelle chez nous. J’ai réalisée que c’était le dernier, le plus facile aussi. Alors mon stress s’est un peu calmé, j’ai rédigé ce chapitre en quelques jours, ça roulait. Est donc venu le moment de fixer une date de soutenance et de décider de déposer le manuscrit la semaine suivante. Alors voilà, une dernière semaine à faire des corrections, à relire ces 180pages des dizaines de fois pour vérifier l’orthographe pour finir par connaitre les phrases par cœur et ne plus voir les fautes.  Puis imprimer le manuscrit, et se dire que ça y est, il faut le mettre dans ces enveloppes et le laisser partir. Mais si il reste encore des fautes? Mais si je n’ai pas assez développé cette partie? Ma conclusion est-elle assez positive? Laissez moi encore le vérifier! Mais non, ça y est il doit partir… alors j’ai laissé mes enveloppes avec un grand pincement au cœur, et une grosse appréhension. Et je me suis demandée si ce sentiment ressemblait à celui que peux ressentir une maman qui laisse son petit chez la nounou pour la première fois…

Pour la première fois depuis des mois je suis partie à 16h du boulot, je me suis dit que j’avais bien mérité ça après avoir passé des soirées entières à rédiger. Pour la première fois depuis des mois je suis rentrée chez moi sans réfléchir à comment j’allais tourner ceci ou cela. J’ai enlevé mon manteau, posé mon sac et je me suis dit « Et maintenant je fais quoi? ». Et oui, on pense que le moment de dépôt de manuscrit est forcément suivi d’une euphorie totale, de fêtes, de soirées, etc… Mais pas pour moi… et je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas, il y a pour certains une forme de « baby blues ». Pendant 2 ans et demi ce projet représentait toute ma vie, occupait mon esprit en permanence, y compris dans mes rêves. Et voilà que du jour au lendemain c’est terminé. Qu’il faut apprendre à re-vivre normalement, à ne plus vivre à travers cette thèse qui faisait vraiment partie de moi.

Voilà, je voulais partager cette expérience avec vous parce que j’ai ouvert ce blog au début de ma thèse, j’y ai partagé différentes étapes et d’après les recherches google et vos questions, vous êtes nombreux à venir ici pour avoir des informations sur ce qu’est un doctorat. Alors voilà, maintenant vous connaissez aussi les moindres détails de ma période de rédaction! 🙂

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2 réflexions sur “La vraie vie d’une thésarde qui rédige son manuscrit

  1. Pingback: Mon doctorat | Colette et son Chameau

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